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Texte de Louis Laplante
Les petits enfants doivent vivre auprès de leurs grands-mères et les
grands-mamans existent pour aimer et guider leurs petits enfants.
Les mamans enseignent aux enfants les lois et les règles de la vie,
alors que les grands-mamans leur enseignent l'art de vivre, ce qui n'est
écrit nulle part.
J'ai près de soixante ans et je me souviens encore de mes grands-mères.
Être pris dans les bras et embrassé par ma grand-mère, c'était comme être
inondé par un clair et chaud soleil. C'était comme recevoir en plein visage
le soleil blanc et chaud de l'hiver. Il vous pénètre le visage jusqu'aux
pieds et vous transporte dans un monde d'amour et de confiance abandonnée.
Les grands-mamans ne grondent pas leurs petits-enfants, elles les
comprennent, et les excusent. Elles assurent l'équilibre émotionnel des
petits enfants qui grandiront en adultes complets. Il est dommage aujourd'hui
que les petits enfants soient éloignés de leurs grands-parents ou au contraire,
qu'ils en aient beaucoup trop. J'ai toujours su alors que j'étais petit
qu'une grand-maman était la mère de ma mère et que l'autre était la mère
de mon père. Et j'imagine mon désarroi devant l'éventuelle arrivée d'une
grand-mère qui aurait été la mère de l'ami de ma mère ou d'une grand-mère,
mère de la nouvelle femme de mon père. Deux grands-mères c'est ce qu'il
faut. Quatre c'est trop et deux sont inutiles.
Nous étions voisins immédiats de ma grand-mère paternelle et vivions
à vingt minutes de chez la mère de ma mère. Après tous les soupers,
je demandais à mon père: «Est-ce que je peux aller voir grand-maman?»
C'était toujours: «Oui, tu peux y aller mais ne la fatigue pas trop!».
Comment aurais-je pu la fatiguer? C'est elle qui m'invitait à jouer
aux cartes, au casino ou au paquet-voleur. C'était elle encore qui m'assoyait
près d'elle, alors qu'elle me fabriquait un manteau ou me tricotait un
chandail. Mes grands-mères étaient des femmes d'autorité, mais jamais avec
moi. Elles me permettaient d'être dans la cuisine lorsqu'elles faisaient
des gâteaux et me donnaient les cuillères pour y lécher la pâte à gâteau
ou le sucre à glacer.
Lorsque j'ai perdu mes grands-mères à peu de distance l'une de l'autre
- j'avais dix et 12 ans -, je fus frappé par le vide qu'elles laissaient
dans ma poitrine et dans ma tête. Mes confidentes n'étaient plus! Il y
avait bien maman, mais ce n'était pas pareil! Et il me fallaitvieillir
encore un peu pour discuter d'homme à homme avec mon père.
Ajourd'hui, mes deux grands-mères, Josée et Lucienne, sont toujours
et pour toujours dans mon coeur et dans ma pensée avec leurs sagesse et
leur bonté, leurs gâteries et leurs petites attentions, leurs dentelles
et leurs rubans surannés. Se doutaient-elles que leur petit-fils se souvienne
encore d'elles à soixante ans loin dans l'avenir, loin aujourd'hui? Ce
doit-être cela que l'on appelle: «laisser quelque chose en héritage.»
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