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Selon un plan manuscrit fourni par l'abbé Proculus
et des photos que j'ai prises des lieux à Pâques 1968.
À partir du fleuve Saint-Laurent vers le sud (l'est
géographique), la vie du village et de la paroisse, car les deux
ont longtemps été juridiquement distincts, comme partout
ailleurs, se rythme autour de deux pôles, l'église et le
presbytère, près du fleuve --et souvent rebâtis et déménagés--
et la "station" (gare) de l'Intercolonial, devenu le CNR bien
plus tard, qui était à plusieurs arpents vers le sud,
approximativement trois rangs plus loin. Bien entendu, en 1763,
il n'y avait pas de station, et l'on ne pouvait même pas
imaginer qu'il y en eût un jour.
Entre le fleuve et la route nationale (la future n°
2), le village proprement dit se nichait autour de l'église :
voir un magnifique album publié en 1988 avec un nombre
impressionnant de photographies très anciennes. Le "village"
est donc coincé entre le fleuve et la route, et à chaque
extrémité par le Domaine des Mères (Hospitalières) à l'est, et
la seigneurie de la Durantaye à l'ouest, plus tard
Berthier-en-bas.
Plus au sud, rang par rang, les terres étaient
étroites et orientées perpendiculairement au fleuve, comme
partout ailleurs, ce dont font foi tous les cadastres conservés.
Le premier rang est celui du Village, dit aussi Côte
des Canons, sans doute suite aux deux sièges de Québec.
Le deuxième rang s'appellerait "Blanche" (l'écriture
de l'abbé Corriveau est illisible sur ce point).
De l'autre côté du chemin perpendiculaire au fleuve,
il y a ensuite le rang des Roches.
Suit le rang de la Station (en 1968), ancien rang
des Mères (Hospitalières).
Et le petit canton, dit du Lac aux Canards suivi du
rang Vide-Roches.
La maison Lebel, achetée après dix générations de
Corriveau en 1966, se situe dans le rang du village, et serait
la maison natale de Marie-Joseph Corriveaux, née en février
1733, à une date non mentionnée par les registres, qui
consignent cependant son baptême le 14 mai 1733, en raison de la
rigueur de l'hiver de cette année-là, qui a empêché de mener le
bébé à l'église pour cette cérémonie. On peut douter, non pas
du délai pour le baptême (elle avait certainement été ondoyée),
mais de l'endroit exact de sa naissance : en effet, la maison
Lebel est à moins d'un mille français de l'église... rien du
tout pour un cheval et une carriole, à moins qu'elle n'ait été
un bébé malingre. Ses dix frères et sœurs sont tous morts
jeunes, et elle était, elle-même, adulte, d'une constitution
assez frêle. S'il le faut, les dimensions de la cage fabriquée
pour son cadavre le prouveraient. Elle-même n'a eu que trois
enfants, fait rare à l'époque, en quatorze années de mariage.
Plus à l'est dans le même rang du Village, on trouve
la maison Léger (ex-Dodier), lieu du crime. La grange actuelle
a été bâtie sur l'emplacement de l'ancienne. La maison est un
bel édifice à pignon, sur deux étages, large de quatre fenêtres
à chaque étage, avec un porche central au rez-de-chaussée, de
trois marches et d'un petit balcon. Les bâtiments sont à
l'ouest, à environ 50 pieds, composés d'une grange à pignon pour
y entreposer le foin au sec, et d'une étable basse capable
d'accueillir un petit cheptel. Trois peupliers gardent le
devant de la propriété, et un autre arbre, étrange, plus à
l'est, porte ses branches comme une supplication divine. Ce
serait l'arbre de la pendaison et de la potence (cage)
d'origine.
C'est dans le rang suivant (Blanche ?) que l'on
retrouve la maison Corriveaux d'origine, assez à l'ouest après
une fourche qui divise le rang en deux. C'est le lieu de
naissance de l'abbé Proculus Corriveau et la maison de Joseph
Corriveaux père, donc très vraisemblablement le lieu de
naissance de tous ses enfants, dont Marie-Josephte (et non pas
dans la maison Lebel, de son nom actuel). Cette maison est
remarquable : large de cinq fenêtres centrales, avec
prolongements des deux côtés, sur deux étages. Les bâtiments se
trouvent derrière et l'on accède à l'ensemble par un large
chemin à partir du rang, qui fait bien 100 pieds de long.
Pour se rendre de cette maison Corriveaux à celle de
feu Dodier, en plein hiver et la nuit (il est vrai que ce
soir-là, la lune était presque pleine : elle le sera vers 6
heures du soir le 29 janvier), il faut néanmoins revenir vers
l'est jusqu'au chemin communal de la paroisse au rang
Vide-Roches, descendre vers le fleuve et s'engager vers l'ouest
dans le rang du Village. Facilement une lieue et plus, et
impossible de passer par les terres, le long des limites de
propriété, raccourci peut-être possible en été, mais pas en
janvier.
À noter que la maison Léger (son nom actuel) avait
continué à être habitée par la mère de Louis Dodier après les
faits, ce qui est coutumier sous le droit français même actuel.
Ce n'est qu'après sa mort qu'elle est passée aux Corriveaux,
selon les termes du contrat de mariage précité, et finalement
achetée par les Léger au XXe siècle.
FIN? Ou suite à un futur siècle?
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