La Corriveau
Illustration: Léonard Bouchard
Marie-Josephte
Corriveau était la fille de Joseph Corriveau et de Françoise
Bolduc, de Saint-Vallier de Bellechasse. Joseph et Françoise eurent
neuf enfants, dont Marie-Josephte «La Corriveau» qui naquit
le 14 mai 1733.
À seize ans, Marie-Josephte épousa Charles Bouchard
qui était alors agée de 23 ans et était cultivateur.
Pendant les onze années qu'ils vécurent ensemble, ils eurent
trois enfants.
Puis, Charles mourut de façon soudaine sans que personne
ne puisse en expliquer vraiment la cause. Cette mort étrange
et inopinée fit courir bien des rumeurs. On racontait que Marie-Josephte,
fort jalouse, s'était débarassée d'un mari un peu
trop libertin à son goût, en lui versant du plomb fondu et
bouillant dans une oreille alors qu'il dormait. Cependant, on ne
put jamais rien prouver et Marie-Josephte épousa après quinze
mois de veuvage, Louis Dodier.
Quelques mois plus tard, Louis mourait à son tour. On le
trouva au petit matin, dans un enclos à chevaux, la tête
écrasée. Cette fois, la justice fit enquête.
«La Corriveau», jouant d'astuces et de perfidie, fit
tant et si bien qu'elle convainquit son père, Joseph Corriveau,
de s'avouer coupable du meurtre de Louis. Un premier procès
eut lieu au couvent des Ursulines à Québec. Un tribunal
militaire formé de douze officiers anglais condamna à mort
Joseph Corriveau. Ce même tribunal condamna aussi Marie-Josephte
à 60 coups de fouet sur un dos nu et on devait aussi la marquer
d'un M (pour meurtrière) au fer rouge, à la main gauche.
Elle était accusée de complicité.
Ces sentences ne furent jamais exécutées. Le
pauvre Joseph affirma à un père Jésuite son innocence
et désigna sa fille comme seule responsable du meurtre de son mari.
Quelques jours plus tard, la Cour s'étant à nouveau consultée,
entendit les aveux de Marie-Josephte s'avouant coupable d'avoir tué
son mari de plusieurs coups de hache durant son sommeil, de l'avoir traîné
à l'écurie pour tenter de faire croire qu'un cheval
lui avait écrasé la tête. Cette fois le verdict
tomba et la sentence disait:
«Marie-Josephte Corriveau sera mise à mort pour ce
crime et son corps sera suspendu dans les chaînes, à l'endroit
que le gouverneur croira devoir désigner.»
L'exécution eut lieu sur les Buttes-à-Nepveu, près
des Plaines d'Abraham. Son cadavre fut mis dans une cage de fer
accrochée à un poteau, à un carrefour de Lévis.
On décrocha la cage seulement en mai après des demandes
répétées des habitants de Lévis qui disaient
entendre des plaintes, des grincements des crochets de fer de la cage
et d'autres bruits nocturnes venant du carrefour.
La cage fut très probablement enterrée dans le cimetière
derrière l'église du village puisqu'en 1840, lors de l'agrandissement
du cimetière, on retrouva la cage avec quelques ossements. Elle
fut vendue à l'impresario Barnum, de New York, qui l'exposa comme
curiosité pendant plusieurs années.
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