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Hercule et Virgile
ou
l'effort et la paresse

 Ce conte nous ramène bien loin en arrière dans le temps.  Nous sommes à l'époque où les boeufs étaient plus que de simples animaux de ferme.  On s'en servait comme bête de trait à qui l'on réservait les travaux les plus durs, les travaux nécessitant le plus de force physique comme les labours ou le halage des billes de bois, l'arrachage des souches ou des grosses pierres lors des défrichages.

Émile et Laura étaient propriétaires d'une ferme d'environ cent acres dont plusieurs devaient être défrichés pour permettre la culture et aussi nourrir leurs sept enfants: Gérard, Yvon, Cécile, Marie-Paule, André, Réjeanne et Georges.  Comme tous les autres cultivateurs du temps, Émile travaillait la terre avec une paire de boeufs: il les avait baptisés Hercule et Virgile.  Hercule en l'honneur de l'homme fort de la mythologie grecque et Virgile, pour rappeler les exploits d'un homme fort de la paroisse qui s'appelait Virgile Constantineau.

Hercule n'était pas une grosse bête mais il était vaillant et toujours prêt à l'effort.  Il luttait tellement contre le joug que sa peau du cou était usée et glabre .  Ses genoux étaient cagneux , déformés par le travail.  Par contre, Virgile était une énorme bête, reluisante de santé, grasse et bien faite.  Sa robe brun foncé luisait au soleil et il marchait droit dans son attelage.  Mais Émile n'était pas dupe.  Il se rendait bien compte que, côte à côte, Hercule et Virgile ne donnaient pas le même effort.  Virgile, disons-le, était une bête paresseuse.  Belle, mais... paresseuse!

Vint un jour où le maître eut besoin d'argent.  Il s'enquit auprès de ses voisins:  «Si j'abattais un boeuf, m'achèteriez-vous un morceau?»  Il n'était pas question en effet d'abattre un animal de la grosseur d'un boeuf sans pouvoir à l'avance écouler la viande.  En effet, il n'y avait pas à l'époque de congélateur et à moins d'être en hiver, une bête de la taille d'un boeuf ne pouvait être conservée.  Quand les voisins surent qu'Émile allait abattre Virgile le paresseux, chacun voulut son morceau de viande.  Un tel animal qui ne s'était jamais éreinté à l'effort, ne pouvait donner qu'une viande tendre.

Un beau samedi de fin d'été, Émile le maître abattit Virgile le boeuf paresseux.  Il put ainsi rencontrer ses dettes par la vente assurée de la bête.  Le printemps suivant, il attela un autre boeuf plus jeune à côté de Hercule le vaillant.  La bête reçut même une double ration de nourriture.

La paresse peut vous faire mourir alors que l'effort est toujours récompensé!

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