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Tout récemment, j'ai pu observer une colonie de corneilles
tout près de la région de Montréal sur la Rive-Sud, près de la frontière
américaine. La centaine d'individus avait établi son dortoir
, c'est ainsi que l'on appelle les regroupements de corneilles,
dans un petit boisé de grands érables et de pruches
énormes. Les dortoirs, comme l'indiquent leurs noms sont surtout
des rassemblements de corneilles qui se regroupent le soir et ainsi
établissent leurs quartiers de nuit. Les dortoirs voisinent souvent
les villages et les villes qui sont devenus la source première d'alimentation
de ces oiseaux chapardeurs et opportunistes. Les dortoirs ont la réputation
bien méritée d'être très bruyants à cause des cris de la multitude
d'oiseaux qu'ils peuvent regrouper.
Le dortoir dont il est question, était gouverné par une
vieille femelle sagace
et prudente. Un jour, quelle ne fut pas sa surprise de voir parmi
ses sujets une nouvelle arrivante au bec et aux pattes jaunes très voyants.
Les corneilles ont de fait des becs et des pattes noirs qui n'attirent
pas l'attention et les rendent anonymes
.
- Eh! Qui es-tu toi la nouvelle?
- Je m'appelle Cosan, madame.
- D'où viens-tu avec ton bec et tes pattes jaunes?
- Je viens de loin madame. Je suis originaire du centre
de l'Afrique. Mon père était un sansonnet
du Maroc et lors d'un voyage, il rencontra une femelle calao
.
Je suis le résultat de leur rencontre. Je suis noire comme mon
père mais j'ai la couleur du bec et des pattes de ma mère. Je me suis
égarée lors d'un voyage vers l'Espagne. Une tempête m'a entrainée
jusqu'ici malgré moi. Quand j'ai vu ces oiseaux qui me ressemblent un
peu, je les ai suivis et me voilà! Voulez-vous m'accueillir dans votre
groupe?
Comme cela était fort bien tourné, la vieille ne s'attarda
pas sur l'invraisemblance de l'histoire de la nouvelle arrivante.
Elle lui dit:
- Joins-toi à nous. Trouve-toi un bon perchoir et
passe la nuit avec nous et tout le temps que tu voudras par la suite.
À beau mentir qui vient de loin! Mais la nouvelle
apportait le malheur à sa colonie d'adoption. En effet beaucoup
d'autres personnes avaient remarqué l'arrivée de Cosan, dont les
fils du fermier voisin. Ils prirent leurs fusils et s'approchèrent
du dortoir. Le guetteur en poste sonna l'alarme:
- Coa, Coa, Coa !
Mais la nouvelle ne connaissait pas la signification
de cet appel. Alors que toutes les corneilles s'envolaient à tire
d'ailes pour fuir le danger, Cosan resta bien tranquille et confortable
sur la plus haute branche d'un grand érable à sucre. On ne pouvait
pas l'ignorer, elle était tellement facile à voir contre le ciel bleu
de l'après-midi, avec son bec et ses pattes jaunes. Le plus vieux des
fils épaula soigneusement son fusil et PAN, le coup de feu résonna dans
le bois répercuté par l'écho. La nouvelle arrivante, touchée mortellement
déboula dans les branches de son arbre et tomba sur le sol avec un FLOC
assourdi.
Ainsi mourut Cosan la prétendue fille d'un sansonnet
du Maroc et d'un calao d'Afrique. Un oiseau ne peut être le produit
de deux espèces aussi différentes. Cosan n'était qu'une mutation
apparue au hasard parmi les enfants d'un couple de
corneilles communes. Certaines mutations peuvent représenter un
avantage et survivent. D'autres, comme c'est le cas ici, n'ont aucun
avantage et se terminent par la mort des mutants.
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