Dans la tradition québécoise

Huile: Loren Blackburn

Préface
Tradition populaire
Origine
Les moules à sucre et la civilisation québécoise
Variété de moules à sucre
Le moule à sucre: iconographie
Moules à sucre et région de provenance
Moules à sucre, vrai ou faux


Ces pièces magnifiques sont le travail de Claude Ferland, artisan.
Cliquez sur l'illustration pour un agrandissement.


Nos ancêtres construisaient une multitude d'instruments pour les aider dans les tâches de la vie quotidienne.  Ces outils étaient construits à partir de matières premières facilement disponibles et préférentiellement à partir de matières à coût modique.  Le bois, au Québec était la matière première modique, disponible et assez versatile pour la construction d'une foule d'outils.  Outre les outils pour la construction et l'ébénisterie, la cuisine représente un domaine où foisonnent récipients, cuillères et moules faits de bois.  En outre au Québec, la cabane à sucre aménagée pour la fabrication du sucre et du sirop d'érable représente un domaine où apparut tôt un «mobilier» utilitaire.  Parmi l'inventaire de la cabane à sucre, il y eut «le moule à sucre».

Nous vous proposons un petit ouvrage où nous traiterons de cet outil original d'une industrie typiquement québécoise.  Nous le ferons avec un texte court, et à l'aide d'illustrations photographiques.

Tradition populaire
Lorsque l'on tente de circonscrire au moyen d'une définition la notion de tradition populaire, l'on se bute à deux ordres de difficultés.  Doit-on pour définir cette réalité faire appel au folklore, au goût généralement admis dans une collectivité comme le hockey pour les Québécois, comme la cornemuse pour l'Écossais, ou doit-on faire appel à des notions plus globales ou plus intellectuelles comme la conscience nationale ou l'identité des peuples?  En fait, si l'on veut éviter de sombrer dans le vulgaire ou l'élitisme, l'on peut affirmer sans ambages et sans crainte de se tromper que la tradition populaire est l'essentiel des manifestations et des réalisations où les membres d'une communauté se retrouvent spontanément et sans se questionner sur la valeur de ces dernières.
Plusieurs peuples peuvent partager les mêmes traditions mais certaines manifestations ou réalisations sont essentiellement exclusives à un groupe de gens et ne se retrouvent pas ailleurs.  Le moule à sucre d'érable est une de ces manifestations.  En effet, le moule à sucre et une réalisation originale du Canadien-français.  Le fait qu'on peut le retrouver en Ontario et dans certaines régions du nord-est des États-Unis, n'enlève rien à son originalité chez nous, mais témoigne plutôt de «l'exportabilité» de cet outil parce qu'adapté à un lieu et à un climat socio-économique bien défini: celui de l'érable à sucre.

Nous proposons donc de vous faire connaître le moule à sucre et de tenter de vous le faire aimer comme nous l'aimons.  Le moule à sucre est en effet plus qu'un simple objet de bois ou de métal.  Nous ne croyons pas qu'il existe un autre objet de notre héritage culturel où se retrouve avec plus de gratuité, le couple utilité-beauté.

L'hiver aux longues soirées et aux grandes périodes de repos entrecoupées uniquement par les soin des animaux et la traite des vaches, servait généralement à la fabrication de ces outils.  Face à son bloc de bois, le sucrier pouvait laisser libre cours à son inspiration selon ses influences du moment.  Était-il amoureux, avait-il été impressionné par un bel animal, un véhicule nouveau, une visite à l'église?  Tout cela remontait au coeur et à la tête et se manifestait au bout des doigts.  Souvent naïfs les sujets représentés sont généralement très bien faits.  En effet, le temps d'accomplissement supplée chez l'ouvrier convaincu de la beauté et de l'utilité de son sujet, à l'habileté manuelle.  Le cultivateur était d'autant plus avide de faire quelque chose de beau que le moule à sucre était destiné aux générations futures.  Les enfants diraient éventuellement: «cette sculpture, c'est votre grand-père, mon père à moi qui l'a faite.»

Le moule à sucre était aussi offert à l'épouse, la fiancée, le voisin ou le parent;  il devait donc être beau.  De plus, le moule servira à faire des sucreries qui témoigneront aux futurs clients de l'inspiration du goût et à la limite de l'intelligence du vendeur.  Le moule à sucre se fait aussi sous l'émotion d'un thème plus puissant: le printemps.  Ce morceau de bois ouvré devient donc un symbole de renouveau, un témoin de la nature qui s'éveille.  L'outil est maintenant devenu la fin de l'hiver, la joie qui accompagne la fonte des glaces, la sortie des animaux, la découverte par les petits enfants qu'il existe un soleil chaud et qui fait enlever les gros habits de neige sans que maman ne dispute.

Origine
L'histoire du sucre d'érable remonte au temps des Amérindiens quiMoule de bois en deux morceaux superposés: pains rectangulaires de 1 livre ont sans doute enseigné aux premiers Européens colonisateurs l'art de bouillir la sève de l'érable au printemps.  De tous les instruments servant à la cabane à sucre, se sont sans doute les moules à sucre qui représentent  la plus grande valeur tant esthétique qu'ethnographique.  À part les moules, les diverses cuillères et palettes, seaux de bois et chalumeaux complètent la liste d'ustensiles utilisés à la cabane à sucre.  Tout ce gréement mérite d'être conservé.  Mais les moules à sucre en révèlent beaucoup plus sur l'esprit qui animait les premiers Québécois que tous les autres outils utilisés à la cabane à sucre.

Les premiers moules à sucre, d'origine amérindienne étaient probablement des cônes d'écorce de bouleau que l'on posait sur la pointe insérée dans la fente ou le trou d'une planche pour qu'ils ne se renversent pas.  Par la suite, selon Séguin, on utilisa du carton et des cartes à jouer pour mouler les pains de sucre.  Cette matière comme l'écorce de bouleau était déchirée et jetée quand on démoulait les pains de sucre.  Le bout pointu du cône d'écorce était maintenu fermé par une aiguille de senellier ou un autre objet adapté (broche, épingle de métal).

Les régions où l'on retrouve les moules les plus illustratifs sont: la région de Québec, Montmagny, la région de l'Estrie et des Bois-Francs, la région de Montréal et du sud-ouest de Montréal.

Les moules à sucre et la civilisation québécoise
Chaque civilisation ou mieux chaque groupe de population fondu en une entité distincte par la proximité, la géographie, la flore et le climat, se manifeste par un type de réalisations.  La chaleur rend plus langoureux, le froid active.  La proximité des essences ligneuses favorise la sculpture sur bois pour y en sortir des outils, des représentaions de Dieu ou des divinités.  Les peuples près de la mer ou des rivières fabriquent des embarcations originales ayant un but et une finalité bien mariés aux conditions locales: kayak des Esquimaux ou Inuits, yole des Islandais, catamaran des îles du Pacifique.  Au Québec, les saisons et leurs différences bien tranchées ont sûrement inffluencé les Québécois.  À titre d'exemple de réalisations originales de cette population du nord-est de l'Amérique septentrionale: le moule à sucre.  Qu'est-ce qu'un moule à sucre?  C'est une empreinte sculptéee le plus souvent dans du bois, empreinte que l'ont remplie de sucre provenant de l'érable au printemps, sucre encore semi-liquide, pâteux, que l'on coulera dans cette empreinte pour qu'il en prenne la forme une fois solidifié.

La notion de moule à sucre sous-tend plusieurs réalités:

  • le printemps
  • la fabrication du sucre d'érable
  • la fabrication du moule et de l'empreinte
  • le matériel ligneux ou autre servant de matériel de base
Le printemps
Le printemps au Québec, c'est le renouvau.  Après un hiver rigoureux où l'homme se replie dans sa demeure, le printemps permet la sortie au dehors, permet la sortie des animaux des fermes.  Le printemps c'est le début de la chaleur, de la facilité relative, c'est le prélude à l'été.  C'est aussi l'eau qui coule, la neige qui fond,  les arbres qui reverdissent et éclatent de bourgeons.  Parmi ces arbres, il y a l'érable à sucre ainsi nommé puisque sa sève qui circule au printemps, au dégel, est sucrée.  D'ailleurs les pic bois, ces oiseaux marteleurs d'écorce s'en abreuvent.  Si au hasard d'une promenade en forêt, après un verglas printanier, vous recevez des gouttes d'eau d'érable tombant des arbres, elles goûteront le sucre.  Le sucre d'érable, c'est le festival, la renaissance; des parties de sucre entre familles et amis s'organisent dans des abris bancals où bouille l'eau dans de grandes cuvées pour en extraire le sirop, la tire, le sucre: ce sont les cabanes à sucre.  Il n'y a pas de mobilier dans la cabane: une grande table, des chaises usées et autrefois des moules à sucre et des raquettes pendues aux murs.  Les moules à sucre n'existent plus depuis fort longtemps dans l'inventaire des cabanes.  On coule le sucre dans des petits moules de métal, mais il faut bien le dire, le sucre a disparu au profit du sirop et de la tire qui demandent une cuisson moins longue.  De plus, le sucre d'érable a été remplacé, il y a belle lurette, par le sucre des Antilles.  Donc, ce sucre du pays comme on l'appelait, est tombé en désuétude.

La fabrication du sucre d'érable
Le sucre d'érable, c'était donc au printemps régénérateur, une friandise annonçant des temps encore plus doux.  Aujourd'hui la cabane à sucre reste populaire pour l'aspect traditionnel du repas de groupe, pour la tire chaude refroidie sur la neige et qui fait le bonheur de tous.  Mais le sucre n'a plus le caractère essentiel qu'il revêtait autrefois.  Il est démodé.  Reportez-vous à il y a une centaine d'années où le sucre de canne était une denrée de luxe et dispendieuse dont l'approvisionnement par navire était bien incertain surtout pour les habitants de la campagne.  Le sucre d'érable était avec le miel la seule source de sucre pour la ménagère dans la confection des desserts.  La cabane à sucre était l'endroit où l'on s'approvisionnait en sucrerie, en gâteries et friandises pour le reste de l'année. 
 

La fabrication du moule à sucre
Pour utiliser le sucre, il fallait lui donner une forme, un volume car le sucre d'érable n'était pas commode à réduire en tranche.  On le coulait dans des moules pour le rendre aisé d'utilisation.  Le pain de sucre était gratté en petits copeaux pour l'insérer à une recette ou le faire fondre.  Le pain de sucre n'avait pas besoin de réfrigération, il était commode à remiser et à utiliser.
Le moule était habituellement de bois, substance que l'on avait prestement sous la main et que l'on pouvait creuser, sculpter pour en faire des moules.  En retrouvant ces vieux moules, vestiges d'un passé relativement loin, car son arrêt d'utilisation s'est faite de façon abrupte et sans période de ralentissement progressif étalée sur une période de temps, je suis resté étonné devant la beauté de cet objet.  Les anciens du Québec, et l'exemple s'est répété dans d'autres domaines, savaient allier utilité et beauté.  En sculptant des moules à sucre, ils ont fait d'un objet purement utilitaire et trivial, un objet de beauté presqu'un objet d'art naïf.  Les américains d'ailleurs classent les moules à sucre dans le domaine du Folk-Art.
Le moule était l'oeuvre d'un simple habitant.  Je n'ai jamais vu fabriquer des moules à sucre, mais j'en ai eu la description par ceux qui en ont fait.  Les vieux disaient: «on gossait» les moules par les longues soirées d'hiver, dans la cuisine près du poêle à bois, pour y jeter immédiatement les rebuts et les copeaux de bois.  On utilisait le canif, le ciseau à bois et le marteau pour évider le morcau de bois choisi.  Habituellement du pin sec, bois mou facile à travailler, mais aussi de l'érable, du merisier, du frêne, du tilleul (le bois blanc des campagnards), parfois de la pruche et du hêtre.  Les sujets, car le moule à sucre représentait le plus souvent quelque chose, étaient choisis selon l'habileté artistique de l'ouvrier et à la suggestion de l'épouse, des enfants et des parents.  L'on sulptait des coeurs, beaucoup de coeurs pour témoigner de l'amour pour la femme ou fiancée ou pour clamer bien haut son admiration pour le coeur de Jésus.  On sculptait des représentations de cartes à jouer, des as de coeur (encore), de carreau, de pique, de trèfle.  On illustrait les animaux: castor, lièvre, lapin, coq, parfois des maisons et souvent des objets religieux (bréviaire, missel, ostensoir).  Le poids des pains de sucre s'étalaient entre quelques grammes et 500 grammes tout au plus.  Le pain de sucre et le moule pour le fabriquer représentent une partie du génie créatif de l'habitant de la vallée du Saint-Laurent où se retrouvent grossièrement les sites des grandes plantations d'érables.  Les populations d'érables où l'on construisaient des cabanes portaient aussi le nom de «sucreries».  On mange une sucrerie au Québec mais l'on visite aussi une sucrerie.  À ne pas confondre!

Variétés de moules à sucre
 

Le moule simple de bois
Moule simple de bois: pique, coeur et carreau
Ce moule est fait d'un seul bloc de bois de largeur et longueur variables et d'une épaisseur de 4 à 5 centimètres, suffisante pour y creuser une empreinte plus ou moins profonde.

 
Le moule de bois en deux morceaux superposés
L'épaisseur du morceau de bois du dessus a été percée de part et Moules de bois en deux morceaux surperposés: ostensoir et coeur d'autre pour effectuer le contour externe de l'objet que l'on veut y mouler. Comme cette épaisseur de bois est complètement transpercée, on a pu utiliser une scie à découper.  Un morceau de bois forme le fond du moule et peut être gravé de divers dessins ou diverses lettres qui laisseront leur trace à la surface du pain de sucre.

 
Le moule de bois en deux morceaux
Moule en deux morceaux (vue intérieure): bottes et souliers Il s'agit là d'un moule en deux morceaux dont chaque partie Moule en deux morceaux (vue extérieure): bottes et souliers représente la moitié de l'objet que l'on veut mouler.  En superposant les deux parties du moule, l'on obtient un pain qui est plus épais que l'empreinte excavée dans une seule portion de ce  moule.  Ce moule nécessite une meilleure construction car il doit être étanche pour ne pas laisser échapper le sucre fondu.  On coule le sucre dans une petite gouttière cannelée sur chacune des faces du moule et qui conduit à l'intérieur du bois où est inscrite la forme du moule.

 
Le moule en bois à plusieurs morceaux
Il s'agit d'un moule à plusieurs planchettes.  On y coule surtout desMoule à plusieurs morceaux: maisonnette maisonnettes de sucre.  Quatre planchettes forment les murs et deux autres le toit en pente.  L'intérieur de ces planchettes est gravées de fenêtre et de portes qui s'inscrivent ainsi sur la surface du pain de sucre.  L'ensemble est maintenu à l'aide d'un réseau de cordes ou de broches.  On coule le sucre dans une petite cheminée qui traverse une des parois du moule et donne accès à l'intérieur au sucre fondu lors du coulage.

 
Le moule en bois et en métal
Moules en bois et en métal: croix Il est plus rare, même si plus facile à fabriquer.  Le fond du moule est une planchette découpée selon la forme voulue.  La surface supérieure de cette planchette est gravée de diverses effigies.  La plaquette de bois sculptée ainsi obtenue est entourée d'une tôle que l'on cloue sur les côtés de la planchette de bois.

 
Les moules en série
La planche utilisée, au lieu de ne comprendre qu'un seul moule, en comprend plusieurs.  On obtient lors d'une seule coulée une série de petits pains de sucre.  On utilisait ces moules dans les cabanes à sucre à mission plus commerciale que familiale où l'on avait besoin de produire beaucoup de petits pains de sucre à la fois, pour les vendre à la clientèle.
Moule en série: coeurs

Le moule à sucre: iconographie
Les sujets illustrés dans les moules à sucre sont des sujets de la vie de tous les jours.  Or la vie quotidienne  de la fin du 18e et de tout le 19e siècle, à la campagne, c'était la nature: flore et faune.  C'était aussi tout ce qui entoure la maison familiale et le déroulement de la vie domestique.  C'était l'amour, c'était la religion.

Flore et faune
On illustre la flore au moyen de motifs floraux imaginés et toujours simples.  Quand à la faune, on retrouve le castor , emblème du pays, le poisson dont on pratique la pêche dans nos rivières et nos lacs.

Le lièvre ou le lapin: le lièvre c'est l'animal sauvage que l'on rencontre le plus dans nos campagnes.  On le chasse pour varier le régime alimentaire.  Quand au lapin, on l'élève et c'est souvent le travail du plus jeune des enfants.

Le coq ou la poule: il y a toujours des poules et un coq sur les anciennes fermes. C'est le vieux chanteclerc des contes du moyen âge.

On illustre aussi des vaches, des chevaux et des porcs.  On retrouve aussi parfois des animaux exotiques que l'on a vu en illustration ou que l'on a vu lors du passage d'un cirque ambulant.

On se sert de sujets domestiques.
La maison: on illustre la maison elle-même avec son pignon et sa cheminée. 

Les as du jeu de cartes: on joue beaucoup aux cartes surtout l'hiver: pour passer le temps, pour s'occuper, un passe-temps qui tient l'esprit en éveil.  Pourquoi ne pas reproduire les as du jeu de cartes en fabriquant des moules à leur effigie.  Ce dessin est simple et se reconnaît facilement.

Souliers et bottes: parfois le moule reproduit une partie du vêtement significative soit le soulier ou la botte d'hiver qui tient le pied au chaud.

L'horloge: un moule peut parfois illustrer une horloge.

L'amour: le célibataire ou l'homme marié sculpte des coeurs pour rendre hommage à sa compagne ou son épouse.

La religion: partie essentielle, omniprésente dans la vie sociale de nos vieux québécois.  On y fait allusion aux temps des sucres, en réalisant des moules en forme de croix, d'ostensoir, de coeur saignant transpercé d'une flèche, de bréviaire, de grand livre de messe.  La croix est toujours simple et petite pour en faire des bonbons.  Je n'ai jamais vu de croix avec corpus ou de véritable crucifix mais seulement de petites croix toutes simples.
Le bréviaire et le missel étaient deux livres qui fascinaient le commun des mortels.  Un livre, toujours le même, que le curé ou le vicaire lisaient jour après jour.  Le missel placé sur l'autel devait être sacré.  Alors tous deux méritaient qu'on les copie.
L'ostensoir était un objet difficile à reproduire et nécessitait une habileté certaine.  C'était un défi à relever.

Enfin on peut retrouver des moules illustrant une locomotive que l'on voit arriver au dépôt du village ou un bateau que l'on voit peu mais dont on a vu l'illustration sur la presse du samedi.
Iconographie simple, images vraies, images du renouveau, images de la tradition.  Les thèmes sont infinis.

Moules à sucre et région de provenance
Notre recherche nous a fait découvrir des moules à sucre provenant de toutes les régions du Québec: région du sud-ouest de Montréal, de Québec, des Cantons de l'Est, de la Gaspésie.  Cependant, malgré l'aire d'étendue de nos découvertes de moules à sucre, nous n'avons pas trouvé de thèmes typiques d'une région ou d'une autre.  Toutes les régions se ressemblent quant aux moules à sucre,  Ils sont fait de bois ou de bois et de tôle, ils sont simples ou en plusieurs parties; on retrouve aussi des moules à sucre en série dans toutes les régions du québec.  Aucune région ne favorise un thème particulier: religieux ou profane, faune, flore ou motifs abstraits.  Aucun moule n'excède une capacité de coulage du sucre de 500 grammes ou approximativement de une livre.  En effet, on calculait le poids du sucre du pays en livre, demi-livre, quart de livre ou once.

La forme, la facture du moule provenait et dépendait beaucoup plus de l'inspiration et de l'habileté manuelle de l'artisan que d'une inspiration ou d'une allégeance régionale.  Je me suis laissé dire qu'un père qui avait un fils prêtre sculptait plus souvent des moules à thèmes religieux comme des croix, des bréviaires, des missels ou des coeurs.  Il est vrai qu'en matière de québequensia, on doit faire l'effort de trouver un style régional ou local aux objets et meubles de bois.  Se peut-il que les moules à sucre à cause de leur caractère utilitaire, même s'ils étaient largement répandus, désobéissent à cette règle d'avoir des factures particulières selon la région où ils étaient fabriqués? Je le crois.

Moules à sucre, vrai ou faux
Les vrais moules à sucre sont rares.  D'autant plus que le matériel dont ils sont faits est éminemment périssable: le bois.  Ces moules étaient voués à une utilisation intensive et malgré leur beauté intrinsèque, restaient des objets utilitaires d'usage courant.  Lorsqu'un moule perdait sa fraîcheur ou son utilité, on le détruisait et on le jetait aux rebuts tout simplement.  Cette rareté a fait qu'aujourd'hui les moules à sucre sont convoités par les collectionneurs et commandent des prix élevés.  Tout cela favorise l'émergence d'une industrie du faux.  Il n'est pas facile de distinguer le vrai du faux.
Mais habituellement, le faux moule est fait de deux pièces: une planche percée d'un travers à l'autre reposant sur une planche plate servant de fond.  Cette technique est plus facile à suivre que celle d'une sculpture encavée dans un bloc de bois simple.  De plus les bords de la sculpture sont souvent arrondis plutôt que possédant des arêtes franches et droites.  On croit à tort que des arêtes émoussées sont causées par l'effet du temps.  Au contraire, car en s'émoussant les moules ne remplissaient plus leur fonction de faire des pains de sucre aux formes précises et étaient plutôt détruits que conservés.

On ne peut se fier à la patine du bois qui peut être facilement reproduite en exposant le faux moule aux intempéries du climat. Parfois des moules assemblés avec des clous neufs peuvent donner un indice, mais souvent des clous neufs étaient utlisisés pour remplacer des vieux clous dans des pièces de bois anciennes.  On peut parfois se fier à l'ancienneté des traits de scie au bout des morceaux de bois utilisés pour y faire des moules.
 

Bibliographie
Encyclopédie des Antiquités du Québec
Michel Lessard, Huguette Marques
Les Éditions de l'Homme; Montréal 1971, 246-249

Objets Anciens du Québec
Michel Lessard
Les Éditions de l'Homme; 1994; Québec; 139-145

Louis Laplante
Photos: François Laplante

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