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Conte
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Nous sommes au printemps de l'an de grâce 1628.
L'hiver se termine et cesse d'étrangler la grande
maison de Québec que l'on connaît sous le nom de l'Habitation.
Monsieur Samuel de Champlain en est le commandant et 72 personnes,
femmes, hommes et enfants s'y sont réfugiés pour l'hiver.
Parmi ceux-ci, il y a Hélène Desportes, née
en 1620. Elle a la notoriété d'être le premier
enfant né viable au Québec. Elle est la fille
de Pierre Desportes et de Françoise Langlois. Elle a comme
petit compagnon de jeu, Eustache Martin, fils d'Abraham Martin et de
Marguerite Langlois. Il est né en 1621.
Le printemps pour les deux enfants, c'est la grande liberté.
Déjà en mars, la neige est presque toute fondue
et les eaux du fleuve sont libres et ne charrient que de gros glaçons.
Hélène et Eustache courent comme de petites antilopes
autour de l'Habitation avec toute la force et l'agilité de leurs
7 et 8 ans. Ils ont des petits amis Hurons qui demeurent avec leur
famille hors des murs de l'Habitation. Ils appartiennent à
la nation des Almouchiquois qui cultivent la terre près de Québec
et jusque dans l'île de Bacchus. Mais leur langue est bien
difficile et les deux petits ont baptisé leurs petits compagnons
de noms français. Parmi les petits indigènes, il y
a Henri leur préféré. Il a dix ans, donc un
peu plus vieux. Il connaît tout ce qui les entoure: animaux,
arbres, sentiers, pluie, vent...
Ce matin, Henri a invité Hélène et
Eustache à visiter sa maison où sa mère leur
fera boire l'eau sucrée du hêtre et peut-être encore
mieux l'eau sucrée du michian, un bel arbre aux feuilles qui
ressemblent à celles du platane européen et qui plus tard
sera connu de tous les québécois du nom d'érable
à sucre.
Arrivés à la maison d'Henri, sa maman leur
fait signe qu'elle veut les amener avec elle pour s'approvisionner
en eau de sucre. Les petits Français intrigués
applaudissent à l'espoir d'une friandise qu'ils ne connaissent
pas. La dame indigène les entraîne dans la grande
forêt toute pleine de soleil. Elle avise un grand arbre et
incise l'écorce d'un grand couteau pointu. Dans la fente,
elle introduit une mince branche et comme par miracle, de fines gouttelettes
d'eau sucrée, sortent de la fente, coulent le long de la petite
branche et tombent dans une auge de bois que la dame a placée au
pied de l'arbre. Elle invite les enfants à mettre la langue
au bout de la branche, là où tombe l'eau, afin de goûter
à la boisson qui vient de l'arbre. Oh! quel plaisir, c'est sucré!
Les enfants se mettent à courir, crier et jouer
dans les bois. Après quelques heures, la maman almachiquoise
rappelle la marmaille à l'ordre. Elle ramène l'auge
pleine d'eau et toute la troupe revient à la maison d'Henri.
Sa maman leur donne à chacun un gobelet d'eau de sucre bien
fraîche pour leur collation. À leur retour, les enfants
eurent tôt fait de raconter leur journée à leurs
mamans.
Et c'est ainsi que naquit cette tradition québécoise
du temps des sucres. Les Québécois apprirent au
cours des années qui suivirent à bouillir cette eau pour
en faire du sirop puis, de la tire et du sucre ainsi que toutes sortes
de tartes, gâteaux et bonbons. Mais cette tradition,
que l'on peut reprendre à tous les ans, nous vient d'une maman
almouchiquoise qui voulut un jour faire plaisir à son petit
garçon et à ses deux petits amis.
Note de L'auteur
: Cette histoire est tout à fait fictive même
si basée sur des personnages réels.
Louis Laplante
Huile: Loren Blackburn
© tous droits réservés
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