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La corde à linge de maman

Comment oublier ce temps de mon enfance,
lorsque je voyais maman étendre son linge.
Tous les lundis, maman faisait sa lessive.
C'était comme ça dans ce temps-là !
Je me souviens de la grosse boule de linge que maman
entourait de lanières de coton blanc pour mieux la manipuler.

Avant d'étendre le linge, maman déposait avec grand soin
une lanière de tissus blanc sur la corde
avec des épingles à linge en bois.
Celles-ci n’étaient pas du type avec ressort mais plutôt,
de bois et étaient fendues au centre comme deux dents terminées d’un bout rond.
Elle en avait quelques-unes avec un ressort aussi, mais
c’était tout nouveau et elles étaient plus dispendieuses.
Celles-ci tenaient mieux le linge, il me semble !

Maman n'étendait pas son linge n'importe comment, car
dans ce temps-là, il existait une sorte de compétition parmi ses voisines
pour celle qui étendait le mieux.
Maman commençait par les petits morceaux tous de la même longueur
et pour empêcher que le linge ne se tortille autour de la corde,
elle prenait soin de placer les bas de laine sur des supports de bois munis
de trous pour en faciliter le séchage.
Une fois la moitié de la corde remplie, elle y plaçait une poulie qui soutenait les deux cordes.

Elle étendait ses dessus de taies d'oreillers et ses beaux draps blancs
et elle terminait sa première cordée avec les sous-vêtements qui étaient d'un blanc immaculé !
Après une heure environ, elle enlevait le linge qui était sec,
le déposait soigneusement dans son panier à repassage.

Pour la deuxième cordée, elle déposait de nouveau ses lanières de coton blanc sur la corde,
C’était le tour de ses robes de maison et les chemises de papa
de même que mes petites robes de coton et mes jupons.

Elle réservait la troisième cordée pour les nappes, les serviettes, linges à vaisselle et débarbouillettes. Puis, c'était les couvertures de lit, quelques légers tapis d'entrée également.
Pour terminer, elle étendait les guenilles qu'elle prenait pour faire le ménage.

Dans les cours arrières des maisons, il y avait des cordes remplies de linges
qui ballottés par le vent séchaient très rapidement.
C'était lundi, la journée du lavage et des cordes à linge.
Ça sentait tellement bon dans la cour chez-nous ce jour-là !

Nous avions aussi l'odeur de la soupe qui mijotait sur le poêle pour le dîner
pendant que maman déposait tout son linge soigneusement dans son panier.
Le printemps, l'été et l'automne étaient les saisons favorables pour étendre dehors.
Maman avait bien hâte que l'hiver se termine pour commencer
à étendre son linge sur sa corde à linge.

Je la voyais souvent étendre dehors en plein hiver et le linge gelait instantanément.
Elle le rentrait complètement gelé raide dans la maison et le déposait sur des cordes.
L'odeur était incomparable, tellement ça sentait bon dans la maison.

Mardi, le lendemain, c'était le repassage.
Le mercredi, le raccommodage.

La vie a bien changé et beaucoup de régions ne permettent plus qu’on installe
les belles cordes à linge d’autrefois.

Aujourd'hui, c'est le décor qui compte.

C'est la sécheuse maintenant !

Comme c'est dommage !

Vive le temps de la corde à linge de maman et son sac d’épingles qu’elle avait façonné de ses mains avec de la dentelle comme décoration et qu’elle avait accroché sur un cintre de bois près de sa corde à linge.



Pierrette Beaulieu






Création graphique "Bibiane Grenier"
Texte: Pierrette Gagnon Beaulieu
Tous droits réservés © 2005