Crépuscules
Quand je passe, le soir, chargé de
quelques victuailles,
et autres produits de maison,
tu ne m’entends pas entrer.
Tu es dans ton fauteuil regardant la ville par la fenêtre sud.
Et je te regarde et vois notre passé
Ta jeunesse, ma jeunesse. Ta gaieté.
Et cette force qui faisait mon admiration
et que je redoutais parfois.
Tu n’as pas connu ton père mort à la guerre.
Je n’ai pas connu le mien disparu à la guerre pareillement.
Et cette poliomyélite qui t’a prise à 6 mois et ne t’a
plus quittée.
Handicapant chaque jour de ta vie.
Et tu es là dans ton fauteuil et tu chantes.
Tu connais encore toutes les chansons de ces époques. Par coeur.
Tu me parais heureuse et je t’aime.
Mais je ne te le dirai pas.
Je ne te l’ai peut-être jamais dit car, inexplicablement, j’en
aurais eu honte.
De derrière ton fauteuil je me regarde dans la glace et me vois
maintenant
bien vieux.
Je sais qu’il faudra bientôt nous quitter.
Je me penche et je t’embrasse.
Jean Pakhomoff
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