En hommage à notre belle ville de La Tuque

Pour son 100e anniversaire
1911 - 2011

Sr Marie-Anna Gauthier PSSF

 

 

          En soulevant quelque peu le voile du passé, je ne peux sans émotion revivre dans mon âme, ô ma ville natale ! les années délicieuses vécues dans ton joli coin rempli de verdure, de fleurs et d'oiseaux, et qu'on ne pouvait avec plus de justesse surnommer:

"La Reine de la Mauricie"

          Oui, ma chère ville, je n'ai garde d'oublier tes belles montagnes où, durant les vacances, je passais des heures exquises à savourer les délicieux petits fruits : bleuets, mûres et framboises si abondants dans les parages. Que de fois, j'ai remercié le ciel de m'avoir fait naître en ce lieu de prédilection, où je pouvais méditer à loisir sur les merveilles que le divin Maître semait à profusion dans mon patelin !

          Je suis née à l'hôpital de La Tuque, le 26 juillet 1921. Dans ces années-là, c'était du luxe pour une maman d'accoucher à cet endroit, mais papa avait dit à maman: "C'est ton premier bébé, tu y seras bien entourée de soins". Et voilà, que les premières personnes que j'ai entrevues lors de ma naissance, c'étaient les Soeurs Grises qui ont conseillé à maman de me donner les prénoms de "Marie-Anna", car c'était la fête de la bonne Sainte Anne, ce jour-là. Mon parrain, Charles Gauthier, frère de mon père, m'a dit souvent que celui, qui m'avait conduite de l'hôpital à l'église mère (St-Zéphirin) pour mon baptême, n'était autre que le frère de Félix Leclerc. En ce temps-là, il n'y avait pas d'automobiles sinon des voitures de luxe pour les grandes circonstances et d'autres pour le transport du bois. Ça commençait bien mon affaire ! Sept soeurs et trois frères sont venus après moi, "comme un bon arbre qui donne son fruit tous les ans".

          Issue d'une famille profondément chrétienne, très jeune, on m'a appris le chemin de l'église. Que de colloques avec Jésus-Hostie, en ce beau temple tout neuf encore. De la rue Desbiens, je partais chaque matin, pour revenir plus forte et joyeuse. Avec Jésus dans mon coeur, que pouvais-je désirer de plus ? Le dimanche, j'assistais souvent à la grand-messe. Je me plaçais non loin de la chaire, mais pas trop près, car celle-ci ne me semblait pas bien solide et comme Monsieur le Curé Corbeil n'était pas très souple - avec ses 300 livres -, dans ma tête enfantine en imaginant le pire, je redoutais toujours une tragédie !...

1927 - Ensuite, c'était le chemin de la science : premièrement la petite école Desbiens, ensuite l'école centrale. Cette dernière était située juste au sous-bassement de la première église. Les bonnes Soeurs de l'Assomption de la Sainte-Vierge y donnaient l'enseignement. J'admirais ces ferventes religieuses qui se dévouaient sans compter pour embellir notre âme et meubler notre intelligence. Si l'étoile de l'idéal n'a jamais cessé de briller à mes yeux, n'est-ce pas grâce à ces excellentes éducatrices ? Aussi, je suis particulièrement heureuse de leur dire aujourd'hui toute ma reconnaissance. La petite élève de 1927-36 n'a pas trop mal tourné ! Modestement vêtue du costume blanc des Petites Soeurs de la Sainte-Famille, depuis près de 65 ans, je travaille à mon tour dans la vigne du Seigneur. Que de personnes charitables sont passées encore sur ma route ! Quant à les signaler, la liste serait trop longue, l'espace trop restreint et je m'en voudrais d'en oublier une seule !

1933 - Je me rappelle avec bonheur cet heureux temps où je marchais au catéchisme- c'était l'expression du temps - nous étions environ cinquante petites filles à écouter les instructions de Monsieur l'abbé Louis-Charles Côté. Si l'une ou l'autre hésitait à répondre à ses questions, invariablement, il me désignait en me disant de parler aussi fort que je le pouvais. Quoique timide, je m'égosillais, heureuse de bien savoir mon catéchisme. J'ai été bien récompensée. Une semaine avant ma communion solennelle, ce bon prêtre me fait demander et m'a envoyée chez une dame riche de la paroisse. Celle-ci m'a habillée comme une petite reine. Je n'ai jamais oublié ce prêtre si sympatique et cette grande bienfaitrice.

          Quand arrivait le temps des vacances, c'était avec des transports de joie, que nous voyions entrer chez nous, notre "pépère" adoré. Nos préparatifs terminés, il nous faisait monter dans une voiture confortable et, sur son ordre, le petit poulain partait au galop vers le joli village de La Croche. Deux heures à manger un peu de poussière, à subir la chaude caresse du soleil et nous descendions enfin pour suter dans les bras de grand-maman ! Comme ils ont trimé dur, ces braves travailleurs de chez nous pour transformer ces vilains chemins en une belle route d'asphalte ! Quinze minutes en automobile et nous sommes rendus à La Croche, où résident ces chers grands-parents.

          Ma chère ville natale, tes rues si propres et accueillantes, je les ai sillonnées en tous sens. Je n'étais qu'une fillette et accompagnée de ma soeur, nous marchions plus d'un mille pour nous rendre à la grosse manufacture de la Brown Corporation. Nous allions porter le lunch de notre bon papa. Notre coeur se serrait de pitié, en croisant ces braves ouvriers à la mine si fatiguée. J'étais l'aînée, mais pas la plus sage de la famille ! Un après-midi, en revenant des framboises, j'ai eu l'audace de pénétrer par curiosité dans l'église anglicane. Quand j'ai voulu sortir, j'ai eu toutes les misères du monde à ouvrir la porte. En me voyant, Monsieur le Ministre m'a semblé mécontent. Terrifiée, j'ai failli renverser mes framboises et j'ai promis intérieursement de ne plus jamais remettre les pieds où je n'avais pas d'affaire. J'ai parcouru bien des fois un autre chemin, celui ou la souffrance est soulagée. Ton hôpital où notre cher papa a dû souvent s'aliter, rongé par le cancer et aveugle en plus. J'y rencontrais l'aumônier, le bon Monseigneur Dupuis. J'étais frappée de la grande charité qu'on y déployait envers les malades.

          Maintenant, sortons un peu de la ville, prenons le chemin du cimetière et recueillons-nous un moment devant cette terre sacrée, où reposent les restes mortels de tant de nos parents et amis qui ont ensoleillé nos jours par leur tendresse et leur dévouement. Dans une prière reconnaissante, souhaitons-leur en Dieu le repos éternel si bien mérité !

          Oui, ma petite ville, que de beaux souvenirs remontent à la surface ! Ils me font te chérir danvantage tout en désirant, malgré mes 90 ans bientôt, participer aux fêtes magnifiques qui se dérouleront à l'occasion de la célébration de ton centenaire ! J'irais avec Bernadette, Soeur de Miséricorde et Germaine, notre cadette, qui a enseigné quelques années chez toi. J'embrasserais en même temps André, mon cher frère, dont je suis la marraine et ma belle-soeur Jeannine, qui nous accueille si bien.

Ô ma chère ville de La Tuque
Où un jour, j'ai eu le bonheur de prendre racine
C'est à ton tour de te laisser parler d'amour !


 

Retour au
Sommaire des textes

 

Retour à
Le Grenier de Bibiane
 



Création graphique: Bibiane Grenier
Photos : Société Historique de La Tuque et du Haut-St-Maurice
http://www.villedelatuque100ans.com/