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Chapitre 16 Le fils de l'épicier
Éric, le cuisinier du foyer d’accueil, s’était rendu au village avec l’intention de « tirer les vers du nez » de Billy. S’étant buté à ce jeune homme qui refusait carrément d’admettre ce qu’il connaissait de la disparition de la jeune Édith, sa ‘flamme’, il poursuivit plus loin ses recherches même si elles n’ont pas donné des résultats assez probants pour la ramener avec lui au refuge. Désolé de ne pas être celui qui aurait mérité la reconnaissance du patron, il revint plutôt bredouille. Au retour d’Éric, David s’empresse aussitôt d’entamer la conversation par une suite ininterrompue de questions : Qu’as-tu pu savoir de Billy finalement? Tu l’as vu ? ... – Oui, mais il ne veut rien révéler, … quand je te dis : rien du tout ! J’en ai même discuté avec son père et celui-ci préfère ne pas s’en mêler, affirmant que son fils est majeur et un garçon tout à fait responsable ! Donc, pour le moment, c’est le néant ! Rien à faire de ce côté-là ! – Ouais…, par contre, s’il refuse de te donner les informations qu’il possède, c’est en soi une bonne chose pour nous; il n’en soufflera peut-être pas un mot à personne et encore moins aux autorités policières, si ces dernières arrivaient à établir un lien quelconque entre lui et la fugue d’Édith, raisonne David… et, de continuer presque sur le ton de la confidence… – Pour ton information, durant ton absence, nous avons eu la visite d’un enquêteur,… un certain sergent-détective Brunet de la police locale, si je me souviens bien. Apparemment, il aurait reçu une plainte formelle à propos de la maison et également de la disparition d’Édith. Qui, j’me l’demande, aurait déposé une plainte ? Qui, selon toi ? Aurais-tu une idée ? D’une voix qui n’accepte pas l’accusation : - Wow, là ! Certainement pas moi ! rétorque aussitôt sur la défensive le cuisinier… – Je ne discute jamais de ce qui se passe ici quand j’vais au village prendre un verre ! Jamais… ! T’as compris ? -D’accord ! D’accord ! Baisse le ton ! As-tu une autre brillante idée à me proposer dans ce cas-là ? soumet nerveusement David… – Brunet a promis de revenir avec un mandat de perquisition pour visiter les lieux. Ça m’embête, en maudit, qu’il vienne se fourrer le nez dans nos affaires. Je suis persuadé que si nous retrouvions notre écervelée, le tout tomberait dans les oubliettes. Prenant un grand soupir de découragement, il continue… - Pendant ton absence, j’ai réaffecté les fillettes à d’autres tâches dans la maison. J’ai assigné Margaret à la lessive et Sylvia à l’entretien… ; les autres n’étant pas suffisamment costaudes pour ce travail… puis ça me laissait du temps pour la cuisine. Le foyer doit être impeccable… si on a la visite de Brunet. Encore pensif, il ajoute : – Ça été assez long ton histoire de recherche, il me semble ? Cinq à six mois, si je ne me trompe pas ? As-tu eu des pépins ? – Ben… t’apprendras que c’est pas une sinécure de faire le tour de la province avec ma vieille bagnole ! J’ai aussi parlé aux parents d’Édith au village… Plus démunis que ça, c’est pas possible… ! Et je t’annonce que nous hériterons bientôt des deux autres fillettes de ce couple. Je ne t’apprends rien, tu connais la routine… si ces gens-là étaient le moindrement responsables et comprenaient l’étendue de leurs gestes et que… – Cette baraque n’existerait pas ! coupe instantanément David avant même qu’Éric termine. – Ouais… c’est vrai… t’as raison. Par contre, les Stuart m’ont parlé d’une sœur du grand-père d’Édith, enfin sa grand-tante, qui demeurait à New York. Elle vit seule dans un logement du Harlem; c’est une religieuse retraitée, si j’ai bien compris. Soudain, David réalise que son envoyé pourrait lui rapporter des nouvelles intéressantes : – Ah oui ? As-tu eu l’idée de franchir la frontière ? Une piste intéressante, non ? – T’inquiète pas, j’y suis même allé et je me suis informé. Tu sais que mon ‘anglais’ est un peu boiteux, mais j’ai quand même eu un peu de veine. Essayant de ne pas paraître trop intrigué, ce qui n’a pas échappé à Éric, il s’approche quand même de lui et demande : – Ah oui ? Vraiment ? Qu’attends-tu pour le dire ? Qu’as-tu trouvé ? – Ah, pas vraiment grand chose… New York est une si grande ville, tu sais… – Alors, tu reviens bredouille, si je comprends bien. C’est ça ? – Pas nécessairement… Bof ! Je ne sais pas si seulement ça vaut la peine d’en discuter… ! – Allez, dis-le ! Arrête de me faire languir. Qu’est-ce que t’as découvert ? – Le hasard m’a amené dans un petit restaurant de Harlem, le quartier où Évelyne Stuart devait résider, selon ce qu’on m’avait dit au village. – Puis ! Diable… ne me garde pas en suspens comme ça ! Crache, bon Dieu ! Parle ! – Oui, oui ! Minute ! On se calme là ! Y a pas le feu ! Quand je me présente au comptoir pour payer l’addition, je remets un billet de dénomination canadienne à la caissière qui le refuse, prétextant une règle de la direction. – C’est tout à fait normal. Puis ? questionne David, bouillant de connaître la suite, mais surtout irrité par la lenteur du récit d’Éric… – Ben… heureusement, j’avais quelques pièces d’argent américain que j’ai utilisées pour payer mon café. – Écoute Éric ! Tu me fais suer avec cette façon d’éterniser tes indices. Vas-tu finalement me dire, aujourd’hui, ce que t’as découvert ? – Ne t’énerve pas… j’y arrive justement ! Pendant que je triais mes sous pour en ressortir des pièces américaines, la dame au comptoir me raconta une anecdote. Ça lui faisait penser à une jeune adolescente qui, elle aussi, s’y était arrêtée pour le petit-déjeuner quelques mois auparavant. Pour payer l’addition, elle lui présenta un billet de vingt dollars canadien. Désolée, la serveuse avait été contrainte de le refuser ; de plus, elle avait remarqué qu’il était en piteuse condition, étant souillé de taches d’huile et de boue, enfin… – Et alors… ? – Et alors ? … Rien… ! Elle avait trouvé bizarre qu’une fille présente une coupure aussi malpropre. C’est tout ! – Tu as bien dit un billet de vingt dollars canadien ? ose-t-il ajouter comme pour confirmer ce à quoi il pensait. – C’est ça… un billet de vingt dollars canadien ! Où veux-tu donc en venir, David ? – Oh… mais rien du tout ! Juste une curieuse coïncidence ! Pas plus ! Et David s’empressa de clore la conversation brusquement, se remémorant une certaine nuit assez mouvementée.
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