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Chapitre 7 La nouvelle vie (suite)
Malgré le luxe inouï de la chambre où Édith a passé la nuit, le peu de conversation de ce matin avec madame Hélène, la gouvernante, a réussi à susciter beaucoup trop d’interrogations dans son esprit pour en rester là. Le mot « recrue » par exemple l’a effarouchée… Donc, sans vraiment trop d’intérêt, Édith accepte alors avec une moue de petite fille déçue de se diriger vers la salle d’eau. À peine a-t-elle jeté un premier coup d’œil qu’elle est estomaquée ! Elle n’en croit tout simplement pas ses yeux ! Elle reste ébahie devant la richesse qui se déploie devant elle. Le décor et l’éclairage se reflète sur un mur recouvert de miroir... c’est sûr qu’elle n’a jamais vu rien de tel de sa jeune vie, sauf en photos dans ces fameux magazines au foyer d’accueil. Il n’en fallait pas plus pour lui confirmer que ces choses-là sont possibles et existent réellement dans le monde. Elle observe timidement le décor féerique de l’appartement, puis après s’être débarrassée de ses vêtements, elle est tentée de se laisser finalement glisser très lentement dans l’eau chaude et parfumée du bain-tourbillon. De minces filets d’eau, ici et là, caressent son corps. Quel bien-être de déesse ! Elle se dit à ce moment-là que les gens qui l’ont recueillie semblent avoir vraiment beaucoup de générosité et de délicatesse pour elle ! Donc, sans se préoccuper davantage pour le moment de tout ce qui lui arrive, elle se sent peu à peu envoûtée, comme dans un de ses nombreux rêves. Au foyer, elle s’endormait dans son petit lit après une dure journée de labeur. Un changement drastique ! Étrangement, Édith accueillait aujourd’hui tout ce qui lui arrivait comme une opportunité exceptionnelle que Dame Chance lui offrait. Fait plutôt surprenant, car au fond d’elle-même, notre fugueuse, n’étant pas tout à fait dupe et se méfiait en principe des bontés et gentillesses des étrangers de façon générale, surtout celles d’Éric à l’orphelinat, tentant d’obtenir des faveurs illicites. Croyait-elle vraiment que cette fois-ci, tout était habituel et que seule, la vie au foyer d’accueil était hors-normes ? Plusieurs minutes d’insouciance s’écoulèrent; c’était bon de profiter de ces instants de douceur… Cependant l’arrivée de la bonne eut pour effet de la ramener promptement à la réalité. – Bon, ça va aller, mademoiselle ! Tu es propre comme un sous neuf ! Maintenant, enroule-toi dans ce drap de bain et je vais démêler tes cheveux. Édith était une très jolie jeune fille avec une longue chevelure blonde qui encadrait de magnifiques yeux bleus aussi brillants que des étoiles. Son visage ovale lui donnait un air angélique; c’est ce qui lui avait permis d’obtenir les faveurs de Billy et de l’aide de plusieurs personnes depuis son escapade. Elle était déjà ‘femme’ et cela avait commencé à lui poser un problème à chaque mois, naturellement. Les vêtements que le foyer d’accueil lui avait fournis ne tenaient absolument pas compte du changement morphologique de son corps.
– Tiens,
petite ! Voici, c’est terminé ! dit-elle – Enfile ces vêtements…
Oh, tiens donc, avec cette poitrine, un soutien-gorge est vraiment
nécessaire Attends-moi, je reviens ! Sur ce, quittant rapidement la
salle de bain pour y revenir aussi vite avec un assortiment de
sous-vêtements qu’elle pose sur un coin du comptoir : Pour laisser un peu d’intimité à la jeune fille, l'adulte la laisse à son sort. Édith examinait avec ravissement les vêtements garnis de dentelles. Elle les touchait avec beaucoup de délicatesse comme si elle venait de trouver un trésor inestimable. Pour elle, c’était la culmination de tous ses rêves ! Et là, tout-à-coup, un éclair au milieu de ses idées de grandeur lui permet de revenir brutalement à la réalité.
– Mais, qu’est-ce que je fais donc ici ?
Qu’est-ce qui m’a pris de suivre cet homme sans m’interroger sur ses
intentions ? Il fallait que je sois énormément fatiguée et à moitié
endormie ? Et comme pour justifier son geste : Maintenant, bien mise, accompagnée de la « gouvernante », Édith descend le grand escalier qui conduit à l’étage pour se rendre jusqu’à la salle à dîner où monsieur Goldberg les attend confortablement assis à la table. – Bon matin, petite ! Tu as bien dormi ? Viens ! Assieds-toi ! Nous allons causer tout en déjeunant ! lance « le patron » d’une voix qui ne laisse aucune ouverture à un refus, voire un argument. Tu dois avoir une faim de loup. Bienvenue dans la maison Goldberg ! Hum !… Édith ? C’est bien ton nom, n’est-ce pas ? Timidement, elle acquiesce d’un léger signe de tête, puis prend siège à l’endroit désigné par Monsieur. – Alors, ma jolie, que faisais-tu donc à Harlem hier soir toute seule dans un quartier aussi malfamé que celui-là ? Tu savais à quel point c’est dangereux d’être victime de jeunes voyous ? Mais, enfin ! Laissons de côté, du moins pour l’instant, les interrogations. Tu es chez moi et en sécurité, c’est ce qui compte le plus, n’est-ce pas ?
Puis de façon plus
solennelle comme pour établir davantage avec précision qu’il est le
maître de la maison, il change le ton de sa voix.
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Le Grenier de Bibiane