Paula le potiron

 
Près de Montréal sur le contrefort de cette chaîne de montagnes que l'on appelle Adirondaks, demeurait un fermier entreprenant nommé Fernand. Il possédait des vergers, des érables à sucre, des cultures de bleuets que l'on appelle aussi myrtilles.

Fernand décida un jour de semer un champ de potirons qu'au Québec l'on nomme aussi, à tort, citrouilles.  En effet la citrouille est une sorte de courge verte de forme allongée alors que le potiron est bien ce légume de couleur orangée à chair de la même couleur et de forme plus arrondie qu'allongée.  Le potiron, en effet, pousse assez facilement dans une terre enrichie de fumier et bien arrosée d'eau.  Or le fermier Fernand en avait suffisamment avec tous les animaux de la ferme, et l'eau jaillissait en  abondance sur son emplacement.  

Semés au mois de mai, les potirons vinrent en abondance dès le mois de juillet et grossirent à merveille avec la fin de l'été et le début de l'automne.  Mais parmi les potirons rebondis et bien gros, il y en avait un qui refusait de grossir.  Placé sur le rang extérieur de sa planche, il atteignait à peine 20 centimètres de diamètre à la fin de septembre alors que ses voisins étaient devenus énormes et joufflus.  

Ce petit potiron, nommée Paula, avait beau gonfler les joues, saillir les muscles de sa poitrine et de son ventre, il ne parvenait pas à grossir.  Pourtant il poussait dans un sol bien riche et me manquait pas d'eau.  Fernand regardait sa récolte avec plaisir  et la petite Paula le faisait bien rire avec tous ses efforts à gagner du poids et de la circonférence.  «Comme tu fais des efforts ma mignonne!», répétait-il, lorsqu'il faisait le tour de son champ.

Les autres potirons se moquaient de la petite et criaient bien fort avec leurs gosiers de potirons: «Tu resteras toujours petite et personne ne voudra de toi pour l'Halloween.» Paula essayait de faire bon coeur contre mauvaise fortune, mais le soir avant de s'endormir, elle pleurait en silence, tout doucement pour ne pas attirer les moqueries de ses gros voisins.

Le vingt-neuf octobre, deux jours avant la fête de l'Halloween, une belle voiture automobile se rangea le long du champs de potirons.  Une merveilleuse fillette accompagnée de ses parents en descendit.  Le père demanda à Fernand: «Vous avez un potiron pour ma petite?  Il doit être assez petit pour qu'elle puisse le soulever.»  Fernand répondit:  «Oh oui, je crois que j'ai votre affaire.»  Il se dirigea vers Paula suivi de la fillette.  «Tiens voilà un potiron tout à fait pour toi ma petite, tu peux le cueillir.»  L'enfant ne se fit pas prier et souleva la gentille Paula sans un effort.  Les voisins parurent bien surpris.  «Nous sommes plus gros et plus beaux!»  Peut-être, mais ils ne pouvaient faire le plaisir de cette petite fille.  L'enfant rangea doucement Paula dans le coffre de la voiture et toute la famille retourna à la maison..

Aidée de maman, la jeune fille vida le potiron de ses graines, lui fit un grand sourire et de grands yeux.  On plaça une bougie à l'intérieur du légume évidé et on le plaça à l'extérieur près de la porte d'entrée pour souhaiter la bienvenue aux enfants venant quêter des friandises et annoncer à tous que la porte s'ouvrirait pour tous les enfants.  Paula  regarda les façades des maisons qui l'entouraient.  Grâce à sa petite taille, il n'y avait pas de potirons à l'expression plus avenante et plus lumineuse que la sienne.

La vie réserve une place à tous, forts, faibles, petits, grands, beaux et moins beaux, il suffit de la prendre cette place et par nos ressources et notre travail d'en faire la meilleure, celle ou chacun peut réaliser son plein potentiel.

Louis Laplante

 
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