par Bibiane Grenier
 
Récits, descriptions, entrevues, anectotes qui racontent des événements, des personnalités, des traditions, des coutumes de l'histoire du Québec.
Cette rubrique n'est pas chronologique. Ces courts textes ont pour but de vous informer succinctement, parfois avec humour mais toujours avec rigueur sur la vie de nos ancêtres.




Madeleine de Verchères

Mythe, légende ou réalité ?

 Historiens et chroniqueurs contestent certains détails des faits qui entourent cette histoire. L'événement qui donne naissance à la légende de Madeleine de Verchères est un fait bien réel, dont on connaît bien le contexte: le temps, octobre 1692; le lieu, le fort de Verchères; le personnage central, Madeleine Jarret de Verchères. Il est utile de rappeler que Madeleine elle-même donnera le récit des attaques iroquoises dont elle fut l'objet. Le premier en 1699, l'autre une trentaine d'années plus tard soit en 1732. Madeleine a-t-elle embelli son acte de bravoure au point de créer elle-même sa propre légende?
J'ai brassé quelques souvenirs, fait quelques recherches et je vous raconte cette histoire qui m'a fascinée quand j'étais jeune écolière.

 

Madeleine Jarret de Verchères est née sur la seigneurie de son père le 3 mars 1678. Son père, le seigneur François Jarret de Verchères, enseigne au régiment de Carignan, prenait part aux manoeuvres militaires mais gérait aussi son domaine, ses bêtes et ses cultures comme la plupart des Français installés en Nouvelle-France à cette époque.

Le fort qu'il fit construire n'avait rien d'une forteresse. Ce fort était destiné à protéger ses biens et sa famille. De plus, en cette période d'incursions iroquoises , très fréquentes à cet endroit à cause de la proximité  de la rivière Richelieu, route traditionnelle des Agniers, il pouvait servir aussi de refuge à la population. On y avait accès par une seule porte faisant face au fleuve.

Trois enfants nés avant Madeleine sont décédés, dont deux qui furent tués lors d'une précédente attaque des Iroquois. Madeleine est devenue ainsi l'aînée de la famille, donc chargée de responsabilités: quand les parents s'absentent, elle a fonction de gardienne, elle "garde le fort".

En ce matin d’octobre, Madeleine âgée d'un peu plus de quatorze ans est à quelques quatre cents pas du fort de Verchères. Ses parents se sont absentés.  Il n’y a, à l’intérieur des palissades, que des femmes et des enfants et un seul soldat qui veille. Une vingtaine d’habitants sont occupés aux travaux des champs dans les alentours.

Dans les buissons, des Iroquois sont cachés. Ils observent sans bruit les gens qui vaquent tranquillement à leurs occupations. Soudain, un cri retentit, les Iroquois font irruption, ils font prisonniers quelques colons travaillant aux champs. L'un deux se  précipite sur Madeleine et l’attrape par le mouchoir qu'elle a noué autour de son cou.

Vive comme l’éclair et avec une étonnante présence d’esprit, Madeleine dénoue son petit foulard et court vers le fort en criant :

- Aux armes !

Elle referme la lourde porte derrière elle, malgré les cris des femmes dont les maris sont restés en dehors de la palissade, grimpe sur le bastion où se tient la sentinelle. Avec sang froid, elle prend les choses en main : se coiffant du chapeau de  soldat de la sentinelle, elle se déplace rapidement pour donner l’illusion d’un va-et-vient de plusieurs personnes.

Mobilisant ses jeunes frères , elle les invite à faire comme elle. Elle charge elle-même un  canon de quatre livres de balles et tire sur les assaillants. Ce coup alertera les forts voisins qui ponctuent les rives du Saint-Laurent jusqu'à Montréal.

Avec leurs quelques prisonniers, les Iroquois se retirent. Les secours finissent par arriver des forts voisins. Les habitants du fort de Verchères sont saufs grâce à la ruse et à la présence d'esprit de la jeune Madeleine de Verchères.



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