par Bibiane Grenier
 
Récits, descriptions, entrevues, anectotes qui racontent des événements, des personnalités, des traditions, des coutumes de l'histoire du Québec.
Cette rubrique n'est pas chronologique. Ces courts textes ont pour but de vous informer succinctement, parfois avec humour mais toujours avec rigueur sur la vie de nos ancêtres.




 
Le savon du pays

En lisant nos livres d'histoire ou en écoutant raconter leur vie, on a souvent l'impression que nos grands-parents ou nos arrière-grands-parents ne connaissaient pas l'ennui. Ils savaient occuper leur temps et chaque minute était consacrée à la création de quelque chose d'utile et de nécessaire à la vie quotidienne.  Quand le printemps arrivait, que le temps des sucres étaient terminé, que les journées devenaient plus douces et que les nuits étaient encore froides, les femmes de la maison fabriquaient le savon du pays, comme on l'appelait.

Pendant tout l'hiver, les femmes ramassaient tous les morceaux de graisse et le suif  qui leur tombaient sous la main. Rien ne se perdait. On sortait alors le gros chaudron de fonte que l'on installait dehors sur un feu de bois que l'on attisait sans cesse. L'on y plongeait tous les déchets de cuisine afin d'en extraire le gras.

On ajoutait, à ce gras, du caustique, de la résine, de l'eau et de la lessive - que les gens de la campagne appelaient lessi - que l'on avait obtenue en filtrant de l'eau bouillante sur de la cendre de bois franc.

Avec une grosse palette de bois on brassait ce liquide doré qui ressemblait à s'y méprendre à de la tire d'érable. Lorsque le soir tombait on ajoutait du gros sel pour que le savon se sépare et on mettait le couvercle de bois sur le gros chaudron de fonte pour préserver le chef d'oeuvre de la nuit.  

Le lendemain, on plongeait le couteau dans le beau savon doré, le coupant en morceaux. On  lui enlevait une petite tranche de chaque côté, on le déposait dans des boîtes aussi précieusement qu'une porcelaine anglaise.

C'est ainsi qu'on fabriquait le savon du pays.