par Bibiane Grenier
 
Récits, descriptions, entrevues, anecdotes qui racontent des événements, des personnalités, des traditions, des coutumes de l'histoire du Québec.
Cette rubrique n'est pas chronologique. Ces courts textes ont pour but de vous informer succinctement, parfois avec humour mais toujours avec rigueur sur la vie de nos ancêtres.




 

La drave


Le printemps venu, lorsque le soleil réchauffait la terre et dégelait les cours d'eau, c'était le temps de la drave.  Le métier de draveur, aujourd'hui complètement disparu, était un travail surhumain.  N'était pas draveur qui le voulait. Il fallait être muni de courage, de force de caractère, avoir une santé de fer et un peu, beaucoup de témérité. La mort guettait ses proies au détour de la rivière, au bas des chutes assourdissantes. Il fallait lutter contre les courants souvent déchaînés qui brisaient tout sur leur passage, arrachant les ponts et les arbres.

On avait bûché tout l'hiver et amassé les billes de bois près des rivières.  Quand les draveurs entraient en scène, les cours d'eau étaient dégelés et pouvaient servir à acheminer le bois jusqu'aux moulins à scie situés le long des rivières ou des lacs. Les billots flottaient encerclés par d'autres billes soigneusement attachées. Le courant de la rivière acheminait ces immenses  "radeaux" mais c'étaient les draveurs qui contrôlaient leurs parcours.
On employait le bateau de drave qui pouvait contenir trente personnes et six rameurs mais la plus commode des embarcations était la "paillasse", moins lourde et moins encombrante. D'une noirceur à l'autre, on manoeuvrait la gaffe, l'enfonçant dans l'écorce tendre et d'une main habile on déjouait l'embâcle. Parfois, on manquait de chance et le pire arrivait. Les billots s'entassaient et l'embâcle progressait.  Si un embâcle se nouait sur la rivière, il fallait alors chercher le billot-clé; parfois on utilisait la dynamite mais le plus souvent la force humaine surmontait seule le défi. Les draveurs s'habillaient le mieux possible pour travailler; vêtu bien chaudement on ne travaillait pas une heure qu'on était trempé d'un bout à l'autre de sueur ou d'un bon bain d'eau glacée. Une paire de chaussures conçues spécialement pour la drave était indispensable. On passait ainsi la journée dans ces eaux de glace et pour se réchauffer, on dansait en sautant d'une bille à l'autre.

Au retour, quand les draveurs  racontaient  les exploits de leurs compagnons, les difficultés rencontrées et vaincues, on admirait leur courage et leur détermination mais personne n'enviait leur sort.