Voilà déjà trois ans que mon amie Gladis, cette femme extrêmement courageuse, est arrivée avec sa famille, au Canada.

Enseignante à temps partiel par choix, j'avais plus de temps à consacrer au bénévolat. Je suis donc allée rencontrer l'unique garçon de la famille, à son école, dans la ville voisine. Il était impérieux de le sécuriser pour qu'il se fasse des amis, comprenne les consignes en classe et puisse suivre les travaux de son niveau... C'est beaucoup demander à un petit de 2e année. Dès le premier « ¡ Buenos días, mi querido ! », le sourire est apparu sur ses lèvres et l'amitié est née entre nous! Il était si vulnérable! Quelques mots en espagnol pour se mettre à l'aise et on poursuivait en français.
Peu de temps après, une autre enseignante s'est informée si je pouvais aussi accepter la plus jeune, Kati, alors en première année. Pourquoi pas?
Puis, une autre de la même famille, plus âgée de quelques années, Karenth, s'est jointe à notre groupe pour apprendre d'abord les salutations, demander ses besoins ( j'ai soif... ) connaître le nom du mobilier de la classe et des fournitures scolaires, savoir compter jusqu'à 100, les principales couleurs, des verbes usuels... Je les aidais à faire des devoirs...
Ces enfants m'ont tellement donné de bonheur par leur application à apprendre, à vouloir savoir au plus vite...

L'année suivante, la maman m'a demandé de l'aide... durant deux ans. Le papa l'a accompagnée à quelques reprises chez moi. C'est dire combien chacun s'est empressé de tout faire pour s'intégrer. Même avec un léger accent, ils parlent bien notre français, beaucoup mieux que certains Québécois... Alors, de la persévérance, ils en ont eue ! Leur exemple est louable, exceptionnel !

Par cette lettre que je dévoile avec l'autorisation de mon amie, je veux démontrer que les gens qui n'ont pas notre sécurité, notre confort dans leur pays qu'ils doivent quitter bien malgré eux, ont besoin de notre accueil pour faire leur place. C'est si grand la Terre! Mettons-nous à leur place, comment voudrions-nous être reçus?



Trois-Rivières-Ouest

Le 9 juillet 2004



Chère Amie Gladis!


Ce soir, tu m’as annoncé une brève visite avant ton départ imminent.
J’étais si heureuse de te revoir!

Tu viens à peine de quitter notre maison et déjà mon cœur est triste!
Tu y as pris une grande place, tu sais.
Comme une sœur, comme une grande fille, j’ai vite appris à t’aimer.

Tu pars dès demain, de Trois-Rivières, pour t’envoler le 11, au petit matin,
rejoindre, quelques jours, ta famille.
Elle est restée là-bas pendant que ton mari, toi et vos enfants
arriviez ici avec si peu de bagages.

Il faut être courageux pour laisser sa maison, son père, ses frères et sa sœur.
Surtout, il ne faut pas avoir le choix, je crois bien.

Tu es exemplaire en démontrant tellement de rigueur à vouloir t’intégrer.
Tu respectes nos us et coutumes.
C’est tellement admirable de ta part !

Je sais que, dans ton cœur, ton pays sera toujours le Guatémala,
Mais ta nouvelle terre d’adoption, tu l’apprécies.

Tu seras absente durant un mois. Et, pour moi, ce sera long!
Je t’ai assurée de ma pensée tout ce temps où tu seras au loin.
Tu sais que je suis sincère parce qu’avec toi j’ai tissé des liens très forts.

Le temps que tu seras là-bas avec les tiens, tu les rassureras.
Tu leur parleras de ta vie au Canada, au Québec, à Trois-Rivières.
Ils seront épatés de ce que tu as appris.

Au moyen de tes nouvelles connaissances,
tu seras tellement utile à des pédagogues d'ici
qui iront donner de la formation à des professeurs du Guatémala
pour mieux répondre aux besoins des enfants guatémaltèques.
Ces derniers ont été placés dans des orphelinats créés en grande partie
à cause de la guerre, qui, hélas, a décimé tant de familles,
laissant des petits privés de leurs parents.
Combien de jeunes te seront redevables pour tes connaissances
nouvellement et durement acquises ici.

Tu seras comme la bougie d’allumage qui permettra d’apporter l’aide nécessaire
en traduisant du français à l’espagnol et vice-versa les notions indispensables
à l’apprentissage de techniques par ces personnes impliquées à cette cause humanitaire.
Tu vas, grâce à ta détermination, ma chérie, contribuer au mieux-être
de l’enfance guatémaltèque.
Tu es heureuse d’apporter ta contribution. Tu me l’as dit.

Tu as une âme missionnaire, ma belle amie, parce que tu veux aider les autres.

Tu as tout mis en œuvre pour apprendre le français.
Tu as investi tellement d’efforts, de sacrifices!
Tu as été un modèle qui est passé dans ma vie, Gladis!
Tu as été comme un ange qu’il m’a plu d’aider de mon mieux!
Autant ton passage dans ma vie a été imprévisible, autant il m’a été bénéfique!

Dans la vie, il y a des événements qu’on ne contrôle pas.
Tu as dû avec tes jeunes et ton mari fuir ton pays.

À Trois-Rivières, Christian Dufresne, un professeur de musique
que j’ai pourtant peu connu a été le lien qui m’a reliée à la nouvelle école des trois petits :
Nolberto, Kati et Karenth.
J’y ai fait la connaissance d’enseignantes douées de professionnalisme :
Marie et Guylaine, qui étaient les titulaires des deux plus jeunes.
Ils ont été chanceux d’être leurs élèves.


J’ai travaillé avec conviction, leur enseignant les rudiments de notre langue
afin qu’ils deviennent au plus vite, autonomes.
Ils ont été vaillants, ils m’ont toujours accueillie avec un magnifique sourire.
Je les serrais contre moi en arrivant.
Je les ai adoptés tout de suite.


L’année suivante, c’est toi qui m’as demandé de l’aide.
J’étais ravie de faire quelque chose pour toi!
Enfin! Je n’avais pas appris la langue espagnole en vain.
Quel bonheur d’être utile!
Le plaisir de voyager était loin derrière.


L’essentiel pour moi était d’aider quelqu’un qui en avait énormément besoin.
Et tu arrivais dépendante, vulnérable, dont la santé était si fragile.
Et moi, j’étais disponible pour t’accueillir, t’ouvrir les bras, te serrer, te faire sourire,
te faire rire, préparer une collation, corriger les devoirs, t’expliquer les règles de grammaire,
te donner des points de repère pour l’orthographe des mots,
t’encourager, t’épauler, te féliciter, être fière de toi…


Maintenant, ton cheminement t’amène à voyager dans ton pays d’origine.
Quelle surprise inattendue ! Un rêve !
Je suis si heureuse pour toi, ma chérie!
Tu es la preuve concrète que: quand on veut, on peut!
Tu es, ma Gladis chérie, un maillon important
afin que cette chaîne humaine puisse atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés.


Pars, ma chérie, profite bien de la chance que tu as méritée!
Les événements ont fait en sorte que ce soit toi qui bénéficies de ce voyage.



Ce n’est pas une croisière, loin de là,
mais, au moins, ce voyage te permettra de revoir ceux que tu as laissés derrière toi.
Puis, qui sait, il t’ouvrira peut-être des avenues jusqu’ici insoupçonnées !


Pars, mais…reviens-nous!


Tu es indispensable pour ton mari, tes cinq jeunes.
Durant ton absence, Lidbeth sera responsable des jeunes à la maison,
Karenth participera à son camp d’été
Et Maïra assumera un travail d’été.


Tu vois, chacun aura l’occasion de se prendre en main.
Ton mari assumera la relève après son travail.
Tu en as de la chance : Angel, c’est un homme qui t’aime et qui est fier de toi!


Pour moi aussi, tu es importante !


Je te promets de t’envoyer très souvent de fidèles pensées d’amitié!
Je te garde dans mon cœur, ma Gladis!


Bon voyage et à bientôt, en août !


Ton amie,
Angèle


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