Lady


Titre


C'est un texte que notre fille Chantal, enseignante au secondaire en français et espagnol chez les finissants au Nouveau-Brunswick, depuis 1994, a fait parvenir pour participer au concours pan-canadien réservé aux enseignants (es) de langue française (ACELF) !

Chez nous, les fautes d'orthographe ou grammaticales sont toujours passées à l'étape de la correction même pour un petit message laissé sur le coin de la table! Ça ne plaisait pas toujours mais au moins, j'ai vu à la qualité du français et maintenant, tous sont bien contents!

Malheureusement, elle n'a pas gagné le prix! Ça ne l'a pas rebutée! Elle y a participé plus tard et maintenant c'est elle qui est responsable du cahier publié dans l'Acadie Nouvelle pour la Semaine de la Fierté Française et ce, depuis plusieurs années! Faut croire qu'elle a été bien guidée et que c'était ... dans ses cordes! :-)

Angèle


Divider




Lady

Pas trop bonne, mais tellement bien!

" Maman et Papa,

Ils sontaient bien chentils "

Une si petite note laissée sur la table pour aviser papa et maman, à leur retour, que mes jeunes frères avaient été sages, alors qu'ils avaient été sous la bonne garde de leur aînée de 9 ans. Petite, oui. Lilliputienne, même. Malgré cela, le défi m'attendait le lendemain : la chère correction. Toutefois, entre les bras aimants de maman, empreints de chaleur, sous son regard attentionné, la fierté au coeur, j'étais bien. Pas trop bonne, mais tellement bien!

Puis, les années durant, au mot mal prononcé, à la phrase mal tournée, maman, qui a toujours eu la passion de l'enseignement, me reprenait patiemment. Toutefois, entre les encouragements aimants de maman, empreints de chaleur, sous son regard attentionné, la fierté au coeur, j'étais bien. Pas trop bonne, mais tellement bien!

Adolescente, j'avais toujours du mal à compter sans mes doigts, mais, sur le bout de ceux-ci, je connaissais très bien plusieurs règles, " les si n'aiment pas les raient ", les " mauvaises liaisons "; à maintes fois reprise dans mes propos, cela devenait astreignant. Toutefois, entre les enseignements aimants de maman, empreints de chaleur, sous son regard attentionné, la fierté au coeur, j'étais bien. Meilleure et tellement bien!

Or, quelle a été l'origine de ce bien-être? L'automne 1980 avec maman. À mon insu, maman, " franco-fil ", venait de créer une fibre de fierté francophone en moi, fibre qu'elle a su nourrir, fibre qu'elle m'a montré à nourrir, fibre assez solide pour tisser, avec le temps, une jolie toile, avec laquelle je me couvre chaque jour devant mes 60 élèves. Tant pour eux que pour moi.

Cette hirondelle au printemps de ma francophonie m'a toujours prise sous son aile de mère et m'a transmis la passion du savoir, de la communication, la passion de voler vers les horizons de ma propre culture, de bâtir ma toile francophone, celle qui me servirait à m'identifier dans la francophonie d'aujourd'hui et de demain, d'ici et d'ailleurs.



1980. Une grève chez les enseignants du Québec éclatait. Ma mère, ayant cessé d'enseigner pour élever ses trois " moineaux ", s'était rendue à l'école pour s'enquérir des programmes de 2e, de 3e et de 6e année. Bien sûr, mes frères en étaient à leurs balbutiements en matière de multiplications, de divisions et de fractions. Quant à moi, c'était le temps ou jamais " de revoir certaines notions de français plus ou moins maîtrisées, mon poussin ".

Alors que les amis du quartier profitaient des après-midi ensoleillés à jouer dans les feuilles croustillantes, au ballon ou à la cachette, les trois " moineaux " étaient autour de la table avec cette hirondelle bienveillante. Avec le temps, le " mon poussin " perdait toute sa beauté, car, avec le passé simple, les participes passés, les subordonnées, les compléments du nom, j'en avais le bec bien plein, malgré mon appétit d'oiseau en matière de grammaire.

Ainsi, cette nouvelle relation mère-fille devenait quelque peu différente de 13h à 15h30. Curieusement, entre elle et moi existaient d'autres hommes que " papa " : Alain DeBray et Maurice Grevisse. Malgré leur imposante présence, les après-midi avec eux étaient loin d'être une mince affaire. Chercher, répondre, copier, répéter, chercher, répondre... Un continuel piaillement, quoi!

Mais que cette femme en avait de la patience malgré la cacophonie autour de la table! D'abord pour garder ses " moineaux " gazouillant à l'intérieur; ensuite pour s'assurer que ce qu'ils apprenaient servirait non seulement à se construire une forte base de connaissances, mais également une estime de soi assez ferme pour vaincre certaines craintes; puis pour leur faire aimer ce qu'ils faisaient par la réussite. Pas évident. C'est inénarrable aujourd'hui; ce n'en fut pas toujours le cas.



23 septembre 1980, 13h20. Maman avait eu l'idée de dissimuler un magnétophone à cassettes dans la cuisine. Histoire de garder au moins une leçon bien vivante.

Alors que j'abhorrais tout ce qui s'appelait " verbe ", voilà qu'elle s'apprête à me faire pratiquer l'accord des participes passés. Curieuse coïncidence que de vouloir enregistrer ça, non?

- Mangé, participe passé, employé avec l'auxiliaire avoir. J'ai mangé quoi? Aucun COD, aucun accord, tentai-je pour une nième fois.

Et ma mère de s¹élancer :

- Pan du tout!

Un " pan " si long que n'importe qui aurait pu s'apercevoir de l'amorce d'un langage des plus populaires. Le fameux " pantoute ", resté accroché, venait du coeur de la mère-poule, mais celle-ci, déguisée en chouette-enseignante, exaspérée que son oisillon de fille-élève ne réussisse pas, devait absolument se reprendre le plus subtilement possible. Sauvons les apparences, juste Ciel! Surtout que ce " pan du tout " faisait désormais partie de l'histoire, enregistrée, qui plus est.

Déçue de mes performances, je versai, encore, un torrent de larmes sur Alain et Maurice, qui n'aidaient pas à " boucher l'affluent de la mer Noire ", comme le dit Daniel Bélanger dans sa chanson. N'eût été de l'âge et des circonstances, sans doute auraient-ils apprécié un tant soit peu une femme, aux yeux remplis de chagrin, au-dessus d'eux! Bref, les garçons, perplexes de l'effet " participe passé ", appréhendaient en quelque sorte la 6e année avec ses flopées de mots inextricables. Impossible de faire autrement que de demander, d'une voix à peine audible :

- Maman, pourquoi Chantal pleure?

Sans les corriger, elle chercha à leur répondre, hésitante, se souvenant de la boîte noire :

- Parce qu'elle ne vient pas à bout d'accorder ses mozus de participes passés!

De quoi faire frémir bien des petites plumes! Après de tels galimatias, est-il nécessaire d'ajouter que les garçons n'avaient pas très hâte de rencontrer ces Alain et Maurice, premiers hommes à me faire pleurer? Pan du tout.

Puis, entre deux sanglots d'impuissance, un étrange cliquetis : je découvris le pot aux roses, signé Sanyo!



En six semaines, le déclic ne s'était pas effectué que sur la machine, mais sur la petite personne inquiète que j'étais. Enfin, je maîtrisais ce que je devais connaître, pas à fond, soit. C'était à moi de construire le reste de mes connaissances sur la solide fondation coulée par maman.

Au retour des classes, je pouvais analyser une phrase sans l'aide de l'enseignante. Enfin, je devenais indépendante; j'ai appris ce que signifiait être responsable de sa communication écrite ou parlée; j'étais non seulement responsable de mes paroles, mais aussi de la façon dont elles étaient présentées.

Ainsi, chaque note déposée sur la table, chaque parole dite était constamment vérifiée, corrigée et félicitée. Surtout félicitée. Ce n'est pas tout que d'éveiller la fierté d'être ce qu'on est; il faut la stimuler positivement. De cette façon, on devient aussi libre que l'albatros, qui ne connaît aucune frontière. Et, n'est-ce pas par son chant qu'on reconnaît l'oiseau?

Petit à petit, mon hirondelle m'a montré que faire son nid, c'est faire sa place dans la société, c'est aussi se démarquer. Pour ce faire, il faut se faire comprendre clairement et précisément. Même à 25 ans, mon hirondelle m'a précisé que " quignon de pain " était d'un vocabulaire plus recherché.

Être fière d'être francophone, c'est un sentiment de satisfaction si riche et si intense, qu'il faut savoir afficher et défendre. Nous ne pouvons pas nous qualifier comme étant des gens fiers de nos origines si nous n'y croyons pas dans le coeur et dans l'âme, car il n'y a pas de fierté sans passion. De tous les sentiments, le plus difficile à cacher à autrui est bien celui de la fierté.

En 1980, je n'aurais jamais pensé qu'un jour ma mère me poserait des questions sur un accord de participe passé d'un verbe pronominal, qu'elle chercherait toujours à me corriger en 2001 dans mes courriers électroniques et que je la reprendrais sur une mauvaise liaison, qui, soit dit en passant, maman, " pataquès " relève d¹un vocabulaire plus recherché.

Tout compte fait, je dois vous avouer qu'aujourd'hui, je me demande si je suis la fierté de ma mère ou si c'est plutôt l'inverse. Comme je le disais plus haut, de tous les sentiments, le plus difficile à cacher à maman est bien celui de la fierté.



" Maman et Papa,

Y l'a été bien chentil "

Une si petite note laissée sur la table pour m'aviser, à notre retour, que son jeune frère avait été sage, alors qu'il était sous la bonne garde de son aînée. Petite, oui. Lilliputienne, même. Malgré cela, le défi m'attendait le lendemain : la chère correction. Toutefois, entre mes bras aimants, empreints de chaleur, sous mon regard attentionné, la fierté au coeur, ma fille était bien. Pas trop bonne, mais tellement bien!

Divider





Divider

Logo