Titre




La Noël ' 81 resterait marquée dans la mémoire de tous les gens de Paris et de la région. Il était très rare que la saison des fêtes de Noël et du Nouvel An soit autre que pluvieuse et froide dans ce coin du pays. Les habitants de la région n'étaient pas préparés à affronter ce caprice de la nature lorsqu'ils se levèrent du lit en ce matin du 24 décembre. Ils ne s'attendaient pas à être ensevelis sous quinze centimètres de neige fouettée par un vent violent, qui fit chuter le mercure sous la marque de zéro degré.
Un présage d'un Noël tout blanc, un fait rare dans ce coin.
La veille, Ovide et Marthe propriétaires d’un petit bistrot, avaient cuisiné toute la journée à la maison et durant une bonne partie de la soirée, en préparation pour le souper traditionnel au bistrot. Et cette année, contrairement à son habitude de fêter la Saint-Sylvestre, Ovide, avait plutôt convié tous ses clients réguliers pour la veille de Noël. L'an passé, il n'avait pas jugé bon de célébrer le temps des fêtes. Le départ du vieux Rodrigue pour l'éternité avait laissé un grand deuil.
Pourquoi brisait-il la tradition cette année ? Il le faisait surtout pour leur petite-fille Françoise parce qu'il comprenait que la fête de Noël est plus importante au cœur d'un enfant que le Jour de l’An. Il avait bien remarqué que la petite commençait à fantasmer à propos du Bonhomme Noël et tout ce qui se rapporte à cette grande fête. Il le faisait également pour sa fille Martine.
Marthe était convaincue que celle-ci donnerait naissance d'une journée à l'autre et qu'elle ne se rendrait pas jusqu'à la Saint-Sylvestre.
Ovide s'était levé tôt en cette veille de Noël ; il y avait encore beaucoup à faire pour le souper traditionnel. Tout en s'habillant, il regarda quel temps il faisait par la fenêtre de leur chambre, comme c'était son habitude.
Pour un court moment, il crut soudainement subir une perte de vision. Il voyait tout blanc. Au début, c'était le givre dans la vitre de la fenêtre qu'il avait dû gratter avec ses ongles. Puis, il ne put voir autre couleur que du blanc ; cette neige qui couvrait tout, à perte de vue. Il se frotta les yeux, regarda une fois de plus par l'ouverture pratiquée dans le givre. Il fut renversé par l'ampleur de la tempête qui avait sévi toute la nuit.

« Marthe ! Viens voir un peu quel temps il fait ! Comment diable allons-nous sortir d'ici ? Et nous avons toute cette boustifaille qu'il faut apporter au bistrot ! » lança-t-il, anxieusement...

(Léo Beaulieu)




Ce très beau conte de Noël est un extrait du roman de M. Léo Beaulieu
publié dans ces pages.
Pour lire la version intégrale du roman, cliquez sur ce lien :

La Face Cachée du Bonheur.